Principe de l'électrophorèse sur gel en gradient dénaturant (DGGE)

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Principe de l'électrophorèse sur gel en gradient dénaturant (DGGE)

Principe de l'électrophorèse sur gel en gradient dénaturant DGGE

01Principe général de la DGGE

L'électrophorèse sur gel en gradient dénaturant (DGGE) est une méthode de fingerprinting moléculaire qui permet de comparer la composition de communautés microbiennes sans recourir à la culture. Contrairement à une électrophorèse classique, qui sépare les fragments d'ADN uniquement en fonction de leur taille, la DGGE sépare des fragments de même longueur en fonction de leur séquence, grâce à un gradient croissant d'agents dénaturants (urée et formamide) traversé au cours de la migration.

Lorsqu'un fragment d'ADN double brin atteint, au cours de sa migration, la concentration de dénaturant correspondant à sa température de fusion partielle (lié à sa composition en bases), il se déroule partiellement : sa forme devient alors ramifiée, ce qui ralentit fortement sa progression dans le gel. Deux fragments de même taille mais de séquence différente auront des profils de fusion différents, et migreront donc à des distances différentes, se traduisant par des bandes distinctes sur le gel final.

02Le rôle du gradient dénaturant et de la pince GC

Le gradient d'urée et de formamide augmente progressivement le long du gel, de la concentration la plus faible en haut à la plus forte en bas (ou inversement selon le montage). Sans précaution particulière, la dénaturation complète d'un fragment d'ADN aboutirait à sa séparation totale en deux brins simples, ce qui empêcherait toute séparation fine basée sur la séquence. Pour l'éviter, l'une des amorces de PCR utilisées en amont porte une séquence riche en GC d'une trentaine de nucléotides, appelée « pince GC », qui empêche la dénaturation complète du fragment et stabilise une structure partiellement fondue, exploitable pour la séparation électrophorétique.

03Interprétation des profils de bandes

Chaque bande visible sur un gel DGGE est généralement interprétée comme représentant une unité taxonomique distincte (souvent au niveau de l'espèce ou du genre bactérien), bien que cette correspondance ne soit pas parfaite. En comparant les profils de bandes obtenus pour plusieurs échantillons côte à côte sur un même gel, il est possible d'évaluer rapidement les différences de composition entre sites, conditions expérimentales ou points temporels, sans avoir à séquencer individuellement chaque amplicon. Les bandes d'intérêt peuvent ensuite être excisées du gel, ré-amplifiées puis séquencées pour identifier précisément les organismes correspondants.

04Limites de la méthode

  • Co-migration : des espèces différentes peuvent produire des fragments présentant un comportement de fusion similaire et migrer à la même position, conduisant à sous-estimer la diversité réelle.
  • Copies multiples de l'opéron ribosomique : une seule espèce bactérienne peut porter plusieurs copies du gène de l'ARNr 16S, parfois légèrement différentes, générant plusieurs bandes pour un même organisme.
  • Seuil de détection : la DGGE détecte principalement les populations représentant plus d'environ 1 % de la communauté totale ; les taxons rares échappent généralement à cette approche, sauf à utiliser des amorces spécifiques à un groupe ou une PCR nichée (nested PCR).

05Comparaison avec d'autres méthodes de fingerprinting

MéthodePrincipeAvantage particulier
DGGESéparation par gradient chimique dénaturantBandes directement excisables et séquençables
TGGESéparation par gradient de températurePas besoin de réactifs chimiques dénaturants
T-RFLPDigestion enzymatique puis analyse de fragments de restriction terminauxHaut débit, analyse automatisée par séquenceur capillaire
Séquençage haut débit (NGS)Séquençage direct de millions d'ampliconsRésolution taxonomique et quantitative bien supérieure

Le séquençage à haut débit tend aujourd'hui à remplacer progressivement la DGGE pour les études de diversité fine, mais cette dernière reste une technique rapide, peu coûteuse et pédagogiquement très utile pour un premier aperçu comparatif de plusieurs échantillons.

06Protocole associé

La mise en œuvre pratique de la DGGE nécessite une PCR ciblant le gène de l'ARNr 16S avec une amorce porteuse d'une pince GC, suivie de la préparation d'un gel en gradient, de la migration à température contrôlée, puis de la coloration et de l'analyse des bandes. L'ensemble du matériel et des étapes détaillées de ce protocole est décrit dans l'article dédié aux matériels et méthodes de la DGGE, accessible dans la section « Pour approfondir » ci-dessous.

07Applications en écologie microbienne

La DGGE a été largement utilisée pour suivre l'évolution de communautés microbiennes dans des sols agricoles, des sédiments, des biofilms de stations d'épuration, ou encore le microbiote intestinal, en particulier pour détecter rapidement des changements de structure communautaire entre deux conditions (traitement, saison, site géographique) avant d'engager des analyses de séquençage plus coûteuses et plus poussées.

🧪 Quiz : DGGE et empreintes des communautés microbiennes

1. Sur quel critère la DGGE sépare-t-elle des fragments d'ADN de même taille ?

2. Quels agents composent le gradient dénaturant utilisé en DGGE ?

3. Quel est le rôle de la « pince GC » ajoutée à l'amorce PCR ?

4. Que représente généralement chaque bande visible sur un profil DGGE ?

5. Quelle limite est liée au fait qu'une bactérie peut porter plusieurs copies de l'opéron ribosomique ?

6. Quel est approximativement le seuil de détection de la DGGE en termes d'abondance relative ?

7. Quelle méthode de fingerprinting utilise une digestion enzymatique suivie d'une analyse de fragments de restriction ?

8. Quelle technologie tend aujourd'hui à remplacer progressivement la DGGE pour les études de diversité fine ?

9. Que peut-on faire après avoir identifié une bande d'intérêt sur un gel DGGE ?

10. Dans quels types d'échantillons la DGGE a-t-elle été utilisée pour suivre des communautés microbiennes ?

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Références : Muyzer G. et al. (1993), Applied and Environmental Microbiology ; Heuer H. & Smalla K. (1997), Modern Soil Microbiology.